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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 17:51
Gliniasti-copie-1

 Monsieur l’Ambassadeur, lors de sa première visite à Moscou, le Président de la République française, M. François Hollande, avait promis une simplification du régime des visas pour les citoyens russes. Quand les barrières des visas tomberont-elles en Europe ?

  Je ne peux pas donner une date qui n’a pas encore été fixée par les parties aux discussions, qui sont la Fédération de Russie et la Commission européenne qui représente les positions des 26 Etats de l’espace Schengen. Un accord a été trouvé lors du conseil UE/ Russie de décembre sur la liste des étapes conjointes à accomplir par les deux pays avant un accord sur la suppression de ce régime des visas que la France souhaite, car il constitue une entrave majeure à l’approfondissement de notre relation. Nous avons fait tout ce qu’il était possible pour faciliter la délivrance par nos consulats de visas Schengen de court séjour multi entrées, 40% des visas délivrés le sont pour une durée de plus de trois mois qui peut aller jusqu’à cinq ans. Alors que le code communautaire des visas prévoit une délivrance dans la limite maximum de 15 jours, nos délais ont été raccourcis au maximum (trois jours dans la majorité des cas pour les demandes individuelles, compte tenu des volumes c’est un peu plus long avec les agences touristiques qu’il faut bien choisir !) et nous sommes sur le point d’ouvrir, courant juin, des centres de dépôts de visas dans plusieurs grandes villes de Russie (Nijni-Novgorod, Kazan, Rostov sur le Don, Novossibirsk et Vladivostok).

Dans l’un de vos entretiens, vous avez déclaré que la crise de la zone euro était derrière. Dans le même temps, beaucoup d’experts estiment que la reprise des marchés financiers observée en Europe ces derniers mois est éphémère. Comment peut-on rassurer les investisseurs ?

 Je persiste et je signe : le plus dur de la crise de la zone euro est derrière nous. En adoptant un mécanisme européen de stabilité qui sera pleinement actif cette année, les Etats de la zone euro ont créé en moins de deux ans une nouvelle institution financière internationale qui pourra lever jusqu’à 700 milliards d’euros pour venir en aide (sous conditions naturellement) à des Etats en difficulté. C’est un signal très clair qui a été adressé aux marchés, qui ont d’ailleurs plutôt favorablement réagi aux mesures européennes et nationales prises dans l’UE cette dernière année. En France, l’objectif de réduction du déficit public a été tenu en 2012 ; mais il n’est pas question de s’en tenir à une rigueur stérile, le Gouvernement a aussi adopté en novembre 2012 un plan pour la compétitivité destiné à relancer notre économie, notamment en accordant 20 milliards d’allègement fiscaux annuels aux entreprises. L’ajustement et le soutien à la croissance doivent aller de pair et non s’opposer ! Les investisseurs sont les bienvenus en France et ils le savent : la qualité de nos infrastructures (transport, énergie, télécommunications…) et de nos ressources humaines, la sécurité juridique que nous offrons et l’accès un large marché européen de 500 millions de consommateurs, voici quelques-uns des atouts de la France, qui explique qu’elle soit toujours plébiscitée par les investisseurs étrangers. Parmi eux, les Russes sont encore discrets, mais ils sont eux aussi de plus en plus nombreux à s’intéresser aux offres d’investissements en France.

Dans quelle monnaie conseilleriez-vous de placer ses économies ?

 C’est une affaire de choix personnel, mais mon compte est naturellement en euros. La monnaie unique fait désormais partie au côté du dollar et du yen du portefeuille des actifs des Banques centrales des économies majeures et des BRIC : la Banque centrale russe, par exemple, détient près de 40% de ses réserves de devises en euros.

Si l’on veut économiser, il faut choisir une monnaie au faible taux d’inflation. C’est l’une des remarquables réussites de l’euro, qui a permis de contenir l’inflation dans la zone euro et en France au cours de la décennie écoulée. Et il faut choisir une monnaie stable, ou qui s’apprécie : depuis sa création, l’euro a ainsi gagné plus de 40% par rapport au dollar. De ce point de vue, l’euro est également un bon placement.

La France se révèle le troisième investisseur en Russie après l’Allemagne et la Suède. Comment évaluez-vous les relations économiques et commerciales entre la France et la Russie ?

 Depuis l’an 2000, nos échanges économiques bilatéraux ont été multipliés par quatre : aujourd’hui, ils représentent 20 milliards d’euros par an, la part des exportations française étant de 9 milliards dans ce total. Nous sommes présents dans tous les principaux secteurs de l’économie : agroalimentaire, industrie aéronautique, automobile et ferroviaire, pharmaceutiques et cosmétiques, énergie et télécommunications. Environ 400 entreprises françaises sont implantées en Russie, et plus de 6 000 ont des relations commerciales. C’est beaucoup mieux qu’il y a dix ans, mais c’est trop peu en regard du potentiel offert par la Russie et des capacités des entreprises françaises ; c’est pourquoi la dernière visite du président Hollande à paris a été placée sous le signe de la poursuite du développement de nos relations économiques. Cette impulsion de haut niveau, mais aussi la structuration de la communauté d’affaire franco-russe, et notre progression dans la connaissance les uns des autres nous permettrons de mieux faire encore au cours de la décennie qui vient.

Gérard Depardieu a-t-il considérablement terni l’image de la France ? La législation fiscale en Russie est aujourd’hui plus avantageuse pour les riches que dans les pays de la zone euro. La quantité de citoyens français souhaitant acquérir la nationalité russe peut-elle croître ?

 Plusieurs Français sont détenteurs de la nationalité russe, mais tous n’ont pas la notoriété de M. Depardieu ! Je ne connais naturellement pas le nombre de ces Français ayant acquis la nationalité russe. Mais ce que je peux vous dire, c’est que la communauté française en Russie croît régulièrement, au rythme des relations économiques de nos deux pays. Les quelques 3 000 Français de Russie de l’an 2000 sont désormais 5 000, pour l’essentiel implantés à Moscou. On trouve cependant dans les régions russes une ville comme Kalouga, où vivent quelques 350 Français attirés ici comme les grandes entreprises françaises par le dynamisme de la région.

Qu’est-ce qui inquiètent aujourd’hui les hommes d’affaires français souhaitant investir dans l’économie russe ?

 Je pense que la plupart des investisseurs potentiels en Russie hésitent, car ils connaissent mal la Russie, à s’engager dans un pays dont les dimensions donnent déjà le vertige. Il faut leur répéter sans relâche que la Russie évolue très vite, que des réformes économiques d’ampleur ont été conduites au cours de la décennie passée, que la législation et la réglementation russes se sont nettement rapprochées des standards européens, et que la récente adhésion de la Russie à l’OMC devrait accélérer ce processus. Et puis vous savez, plus que les meilleurs arguments rationnels, il faut les convaincre par l’exemple : leur montrer les investisseurs français qui ont déjà fait le choix de venir en Russie et qui en sont ravis !

Sur quelles questions la France et la Russie doivent-elles coopérer aujourd’hui ?

 Le champ potentiel de la coopération franco-russe est infini ! Nos deux pays doivent naturellement poursuivre leur coopération bilatérale économique, technique, culturelle et universitaire. Mais ils devront surtout savoir trouver ensemble les réponses aux grands défis globaux de l’humanité du XXIe siècle : changement climatique et crises sanitaires, raréfaction des ressources naturelles disponibles (nous serons 9 milliards sur Terre en 2050, d’après les projections de l’ONU), sans oublier les menaces transnationales du terrorisme, des trafics et du crime organisé ou de la prolifération des armes de destruction massive. Pour le bien commun de nos deux pays qui entretiennent une longue relation d’amitié, il est donc nécessaire que cette coopération réalise tout son potentiel, et c’est ce à quoi nous travaillons chaque jour avec nos amis russes.

Olga Boucharova
publié le 10 juin 2013

 

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