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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 15:14

Les armes chimiques syriennes auront-elles été à l'origine d'une vaste opération de rééquilibrage des forces mondiales ? C'est ce qu'estiment de nombreux médias et observateurs depuis quelques jours. La « reculade » de Barack Obama et de François Hollande face à une intervention armée, le consensus diplomatique proposé par Vladimir Poutine font de la Russie le pays vers lequel les regards se tournent. Les Russes deviendraient-ils les nouveaux « gendarmes du monde » ?

 

« Reculer la tête haute », c’est en ces termes que Le Figaro parle de l’adhésion franco-américaine à la proposition russe consistant à placer les armes chimiques syriennes sous surveillance internationale avant destruction. « L’art de la diplomatie s’apparente parfois à celui de sauver la face. Avec un empressement remarquable les va-t-en-guerre Barack Obama et François Hollande ont saisi la perche que leur tendaient les Russes. Qui les en blâmerait ? Quand bien même elle se révélerait à terme aussi solide qu’une branche morte, elle peut suffire à les sortir du marécage dans lequel ils se sont jetés. »

 

Poutine au secours de l’Occident

Ce 11 septembre, alors qu’Américains et Français venaient d’accepter le principe d’une solution à l’amiable pour « punir » le régime de Bachar al-Assad accusé, en Occident, d’être à l’origine de l’attaque chimique du 21 août, la presse française était unanime pour qualifier de « reculade » les réactions de Washington et de Paris.
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L’idée agitée par Poutine permet avant tout de desserrer l’étau militaire autour de Damas et d’affaiblir la résolution déjà chancelante des commandants en chef français et américain », écrivait ainsi Libération. « Poutine a bien compris que face à des opinions publiques hostiles à toute opération en Syrie et un Congrès américain réticent, Obama pouvait trouver dans sa proposition matière à sauver la face. »
« 
Le coup d’échec de Poutine est imparable », renchérissait Le Midi Libre. « Non seulement il conforte la Russie dans le jeu politique du monde arabe mais il fait passer, de surcroît, son tsarévitch pour le sauveur de la paix. Difficile après ça d’engager une épreuve de force. Sincère ou pas, cette initiative a aussi le mérite de sortir par le haut les principaux protagonistes. »

La diplomatie face aux armes

Quand l’Occident sort par la petite porte, d’autres entrent par la grande, et sur le dossier syrien, la Russie semble avoir, peut-être malgré elle, joué d’une main de maître.

Face aux Occidentaux à la posture belliqueuse et peu enclins à la diplomatie avec le « monstre » Assad, les pacifiques russes sont arrivés avec un compromis clé en main qui, à la minute même où Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, l’a proposé, a semblé ravir tous les acteurs du conflit, à commencer par le secrétaire général des Nations unies.

C’est oublier que le jeu de la Russie, depuis le début du conflit syrien, a toujours été de pencher vers la solution politique, mais qu’importe, la Russie sort gagnante de ce duel avec son éternel ennemi américain. Sur la planète Terre, l’équilibre penche à l’est et les cartes sont redistribuées. Depuis quelques jours, les médias se font l’écho de cette nouvelle tendance : la Russie deviendrait-elle le nouveau gendarme du monde ?

La Russie n’a pas d’ambitions impériales

Le site Rue89 a tenté d’expliquer cette fulgurante montée en puissance russe passée du dégel à la victoire en quelques années. La fulgurante histoire de ce Vladimir Poutine, passé du KGB à la tête de cette mystérieuse Russie que le monde semble redécouvrir et qu’il dirige désormais depuis 13 ans, « y compris l’intermède où il fut le Premier ministre de Dmitri Medvedev », précise Rue89.

Pour parvenir à « la place de premier plan qui fut la sienne à l’époque de l’URSS […] le président russe s’est appuyé sur une trilogie : une politique étrangère agressive, une politique intérieure autoritaire, une image personnelle qui en impose ».

Cependant, précise Rue89, « Vladimir Poutine n’a pas l’ambition impériale de l’Union soviétique, il n’est pas porteur d’un modèle de société ‘exportable’ ; il n’en a pas non plus les moyens comme au temps où l’URSS soutenait à bout de bras la révolution cubaine, des régimes clients en Afrique ou en Asie, et damait le pion aux Etats-Unis sur le terrain nucléaire. […] Mais le successeur de Boris Eltsine a organisé la ‘renaissance russe’ en tissant de nouvelles alliances (avec la Chine toujours communiste, avec les émergents des Brics comme le Brésil ou l’Inde, avec les Etats rebelles au nouvel ordre mondial dominé par les Etats-Unis). »

Ce que la Russie propose aujourd’hui, c’est une nouvelle voie. Une voie non conforme à l’impérialisme démocratique et à l’ordre mondial occidentalo-centré. « Une partie de cette stratégie s’est construite sur une posture américaine, et plus généralement anti-occidentale », explique Rue89 pour qui cette stratégie a fait apparaître la Russie « comme l’égale, et donc l’alliée naturelle de tous ceux qui estiment que la domination occidentale du monde n’a que trop duré, et que son affaiblissement depuis la crise de 2008 est l’occasion rêvée d’y mettre fin. »

Quand Vladimir Poutine devient « faiseur de paix »

Serait-ce ce « retour en force de la Russie sur la scène internationale » que les Etats-Unis et la France ont sous-estimé ? C’est ce que conclut Rue89.

Sur le dossier syrien en tout cas, la Russie se place en sauveur d’une situation inévitablement vouée à l’échec, comme l’estime Ivan Rioufol sur son blog.

« Barack Obama et François Hollande n’avaient rien à faire dans cette guerre civile, sinon prendre le risque d’aggraver le sort des chrétiens protégés par Assad. Tous deux doivent une fière chandelle à Vladimir Poutine qui, en proposant lundi de placer l’arsenal  illégal syrien sous contrôle international, a rendu improbable le recours aux frappes militaires. »

« Ce retournement place le président russe, devenu faiseur de paix, en position de force face aux Etats-Unis », explique encore l’éditorialiste qui prédit un « rééquilibrage des relations russo-occidentales. »

Mais avant tout, poursuit Ivan Rioufol, « le fiasco de l’aventure franco-américaine signe la fin de la primauté occidentale sur la scène internationale. A y réfléchir, c’est aussi bien. Face aux pays émergents, l’Occident n’est plus seul au monde. Les Etats-Unis doivent renoncer à leurs prétentions à gendarmer la planète. Quant à la France, elle doit admettre qu’elle n’a plus les moyens de ses rêves de grandeur. Son expédition punitive était un leurre destiné à dissimuler ses graves faiblesses intérieures. La priorité pour l’Occident n’est plus à se disperser, mais au contraire à se reconstituer sur son propre territoire. »

Le monde est devenu multipolaire

Une deuxième guerre froide a-t-elle commencé ? La question est posée par le quotidien libanaisL’Orient Le Jour.

« Tout tend à le laisser croire. La Russie n’est plus ce ‘colosse aux pieds d’argile’, mais bel et bien une puissance qui remonte et qui s’affirme sur la scène mondiale », estime le quotidien. « On pouvait le prédire depuis un certain temps. […] On pouvait commencer à déceler ce que deviendraient des relations internationales où les États-Unis ne seraient plus la seule superpuissance avec ses suiveurs européens. Le désarroi des États-Unis réside dans le fait qu’ils doivent dorénavant partager le monde avec un autre bloc, le Brics, avec comme pierre angulaire la Russie. »

Et c’est un monde multipolaire auquel la planète vient de donner naissance, explique encoreL’Orient Le Jour. « Rien ne se fera à l’avenir sans qu’il soit tenu compte de l’existence de la Russie et des pays du Brics. Un nouvel ordre mondial qui ne plaît certainement pas aux États-Unis car ils ne sont plus les maîtres incontestés du monde et ne peuvent plus agir à leur guise dans les affaires internationales sans prendre en compte les intérêts des autres puissances montantes. »

« L’Amérique avant tout »

Comment les Américains pourront-ils alors appréhender ce « nouvel ordre mondial » ? Il y aura sans doute les nostalgiques, puis les pragmatiques.

La Voix de la Russie cite ainsi Patrick Buchanan, homme politique américain qui, la veille de l’élection présidentielle de 2012, expliquait que l’Amérique d’aujourd’hui n’avait plus besoin de « fadaises néo-impériales. »

« Notre pays est saisi d’une présomption biblique. L’Amérique a besoin d’une nouvelle politique extérieure fondée sur les réalités du monde moderne et non pas sur les relents de la ‘guerre froide’ et les rêves de démocratie », expliquait-il alors.

« Nous devons proclamer à nouveau le slogan ‘l’Amérique avant tout’. Et peu nous importe ce que fera le reste du monde, parce que nous devons professer un nationalisme éclairé. »

JOL Presse France  14 septembre 2013

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